DISCRIMINER ET ARTICULER LES SONS

Objectifs d’apprentissage
Dans cette partie, vous allez :

  • comprendre les mécanismes physiologiques liés à l’articulation des sons ;
  • développer une connaissance visuelle de l’articulation des sons ;
  • identifier ceux qui, pour vous, sont difficiles à prononcer en français, et comprendre pourquoi.

Fiche de projet 8 - Objectifs de réalisation :

Consultez votre syllabus pour connaître la date de remise de votre travail.

  • fiche de travail 8 - en ligne
  • lire une annonce pour les transports ;
  • prononcer correctement des noms géographiques (noms de villes ou stations de métro).

34. Le système articulatoire

Cette section examine le système articulatoire des sons du français. Elle le fait sous l’angle d’une comparaison avec l’anglais, en insistant sur les différences entre les deux langues et en s’attardant sur les points susceptibles de poser des problèmes à un locuteur anglophone.

Les mouvements articulatoires de la parole sont commandés par le cerveau. Sur ce point, la science sait encore peu de choses.

Visionnez plusieurs fois la vidéo suivante. Concentrez-vous à chaque fois sur un point précis du système phonatoire : le larynx (où se trouvent les cordes vocales), la luette (fermée ou ouverte, selon que le son est nasal ou oral), la langue, et en particulier le point de contact de la langue avec le palais ou les dents, et enfin les lèvres.

Chaque son nécessite la mise en œuvre d’un certains nombre de phénomènes musculaires. La différence entre tous les sons d’une langue peut être expliquée par ces caractéristiques.

De façon générale, l’air, nécessaire à la production de sons,

  • sort des poumons et
  • entre dans le pharynx (ou cavité pharyngale). Il passe ensuite
  • par le larynx et les cordes vocales. Si les cordes vocales vibrent pendant le passage de l’air, les sons sont qualifiés de sonores. S’il n’y a pas de vibration des cordes vocales, les sons sont qualifiés de sourds.

Une fois que l’air des poumons, vibré ou non, passe dans le larynx, il existe deux possibilités :

  • la luette se referme et le son est purement oral ;
  • ou la luette reste ouverte et l’air passe par le nez et la bouche.

Nous pouvons donc distinguer deux types de sons : les orales et les nasales.

Quand l’air sort des poumons, le larynx agit comme un instrument à vent (un trompette par exemple, par le souffle des poumons) et à cordes (un violon par exemple, par la vibration des cordes vocales). Le larynx a pour but de générer de manière très rapide de minuscules ondes sonores en faisant vibrer l’air à une certaine fréquence et en relâchant des puffs d’air.

À chaque son vibré par les cordes correspond une fréquence (mesurée en Hertz) et une puissance (mesurée, elle, en décibels). La bouche module ensuite ce son pour l’articuler. Quand il passe la barrière des lèvres, il traverse l’air comme une onde jusque dans l’oreille de l’interlocuteur.

Les cordes vocales sont à l’origine de tous les sons sonores, c’est-à-dire de toutes les voyelles et d’un nombre important de consonnes. La qualité de la voix dépend en très grande partie de la santé des cordes vocales. Celles-ci sont fragiles, il faut en prendre soin, surtout chez les professionnels de la voix (professeurs, chanteurs, avocats, vendeurs, etc.) Elles se modifient également avec l’âge, en grande partie parce qu’elles dépendent du système hormonal.

Examinez la vidéo suivante:

Des appareils optiques permettent aujourd’hui aux spécialistes de la voix d’examiner de près le fonctionnement des cordes vocales. Regardez cette vidéo :

 

Pour distinguer ces positions avec plus de précision, il est nécessaire de se familiariser avec le vocabulaire indiqué sur cette image :

ACTIVITÉ 34.1
Vrai ou faux ? Dans la plupart des langues,

  • Les sons peuvent être prononcés sans expiration de l’air des poumons.
  • Les cordes vocales vibrent dans la production de tous les sons.
  • Les sons sont constitués d'ondes produites à une certaine puissance et à une certaine fréquence.

Une fois que l’air des poumons arrive dans les résonateurs que sont la bouche et le nez, que se passe-t-il ?

Articulation des voyelles

L’articulation des voyelles dépend de quatre éléments :

  • L’ouverture (ou aperture) de la bouche. Par exemple, pour [i], la bouche est très fermée, et pour [a] elle est ouverte.
  • La position de la langue. Par exemple, pour [i], la pointe de la langue se place derrière les dents inférieures, mais pour [u] le dos de la langue se place contre le palais. Les voyelles sont antérieures ou postérieures.
  • La position des lèvres. Elles sont écartées pour [i] et arrondies pour [o].
  • Le nez, si la voyelle est nasale.

La bouche, la langue, les lèvres et le nez forment donc les quatre instruments permettant de distinguer les voyelles entre elles. N’oublions pas les cordes vocales, qui vibrent pour toutes les voyelles, puisque toutes les voyelles sont sonores.

Articulation des consonnes

Les points d’articulation des consonnes sont différentes de ceux des voyelles, mais les consonnes disposent des mêmes instruments :

  • Les cordes vocales si la consonne est sonore. Si elle est sourde, les cordes vocales ne sont pas sollicitées,
  • la langue et sa position dans la bouche,
  • l’aperture de la bouche et
  • le mouvement des lèvres. Si les lèvres bloquent l’air avant de le relâcher brusquement, la consonne est occlusive. Si les dents ou la langue opposent une résistance partielle au passage de l’air, la consonne est fricative.

C’est bon à savoir : pourquoi pouvons-nous parler ?

L’espèce humaine est la seule à disposer d’une système anatomique permettant la production du langage articulé. Pourquoi ? La réponse est liée à son évolution. Voici quelques étapes, résumées à partir de l’ouvrage de Jean Abitbol, L’Odyssée de la voix.

Il y a des millions d’années,

  • l’ancêtre de l’Homme cesse d’être un animal à quatre pattes pour devenir bipède. Le thorax, le cou et la tête se verticalisent.
  • Le crâne se trouve verticalement posé sur la colonne vertébrale, ce qui permet la mise en place d’un système articulatoire efficace en même temps que le développement du cerveau.

Aujourd’hui,

  • les bébés naissent avec un larynx positionné à hauteur de la deuxième vertèbre, ce qui leur permet de boire et de respirer en même temps (comme les grands singes et d’autres animaux de la savanne !).
  • Cet avantage, qui facilite l’allaitement (breast feeding), explique l’incapacité des nouveau-nés d’articuler les sons du langage.
  • Ce n’est qu’au bout de quelques mois que le larynx descend jusqu’à la cinquième vertèbre et rend possible le développement d’une caisse de résonnance nécessaire au système phonatoire.
  • À l’âge de deux ans (vingt-quatre mois après la naissance), le système est en place : l’enfant peut, d'un point de vue anatomique, parler.

Le larynx, formé de muscles et de cartilage, se place à un angle de 60 degrés par rapport à l’horizontale, ce qui lui permet d’être plus rapide et plus efficace que, par exemple, celui du chimpanzé.

Le larynx est recouvert de deux couches (puis de trois à la puberté) d’une « peau » qui donne plus de précision dans la production des trois éléments de la voix : la force, la hauteur et le timbre.

La langue est un muscle de volume suffisamment modeste pour se mouvoir agilement dans la bouche. Les lèvres ont également une grande liberté de mouvement. Enfin, le système articulatoire est basé sur des points durs qui permettent la réplication des mêmes sons, mais il possède également des points plus mous pour pouvoir modifier les résonateurs.

Les lèvres peuvent s’écarter de la bouche et former un ultime volume de résonnance pour l’air au moment de sortir de la bouche. Les lèvres des singes sont plates et ne possèdent pas cette propriété.

N’oublions pas que si nous avons une bouche pour parler, c’est parce qu’en même temps nous disposons d’oreilles pour écouter. Sans l’ouïe (sense of hearing), l’édification du langage tel que nous le connaissons n’aurait aucun sens.

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