LE SYSTÈME VOCALIQUE

Objectifs d’apprentissage
Dans cette partie, vous allez :

  • identifier les caractéristiques de la prononciation des voyelles ;
  • comparer les systèmes vocaliques du français et de l’anglais ;
  • déjouer les pièges de la voyelle française !

Fiche de projet 9 - Objectifs de réalisation

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37. Les voyelles

On appelle système vocalique l’organisation de la prononciation des voyelles (vocalique est l’adjectif correspondant au substantif voyelle).

Articulation des voyelles

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L’articulation d’une voyelle repose sur quatre critères physiologiques :

L’aperture de la bouche, c’est à dire le degré d’ouverture de la bouche. L’aperture peut-être qualifiée de 1. très fermée, 2. fermée, 3. ouverte et 4. très ouverte. [i] et [e] sont fermées, et [a] est ouverte. Les voyelles dont le degré d’aperture est intermédaire comme [ø] et [œ] sont les plus difficiles à distinguer et à reproduire.

Le lieu de l’articulation de la langue à l’avant ou à l’arrière de la bouche. En articulation antérieure, le son est prononcé à l’avant de la bouche (où se situent les lèvres), alors qu’en articulation postérieure (en direction du palais mou et de la luette), le son est prononcé à l’arrière de la bouche. Dix voyelles sur 16 sont antérieures en français.

La position des lèvres, soit écartée (ou très écartée, comme le [i] et le [e], soit en position arrondie, comme pour le [o] et le [u]. Arrondir les lèvres donne à la bouche un volume de résonnance supplémentaire dans la production du son. Onze voyelles sur 16 sont prononcées avec les lèvres en français.

Orale ou nasale. L’air nécessaire à la prononciation d’un son nasal doit en partie passer par le nez. Pour cela, la luette doit s’ouvrir pour laisser passer de l’air en direction du nez. Les voyelles nasales sont [ɑ̃], [ɛ̃], [ɔ̃], auxquelles s’ajoute le son [œ̃], en voie de disparition.

Selon ces critères, le son [i] est fermé, antérieur, écarté et oral, alors que le son [o] est mi-fermé, postérieur, écarté et oral.

La seule différence d’articulation entre le [i] et le [e] repose sur l’aperture. Les [i] et [y] sont tous les deux très fermés et antérieurs ; la différence d’articulation repose sur la position des lèvres.

Toutes les voyelles sont voisées (ou sonores), ce qui signifie que pour leur articulation, les cordes vocales doivent vibrer. Nous verrons que certaines consonnes sont également voisées.

Le tableau ci-dessous indique l’articulation des voyelles orales et nasales.

Langue

Antérieure

Postérieure

Lèvres

Écartée

Arrondie

Écartée

Arrondie

Série

1

2

 

3

Aperture

 

 

 

 

Très fermé

i

y

 

u

Fermé

e

ø

 

o

(Central)

 

 

 

 

Ouverte

ɛ ɛ̃

œ

 

ɔ  ɔ̃

Très ouverte

a

 

ɑ    ɑ̃

 

On voit que les voyelles nasales ont leurs équivalents oraux : [ɛ̃] et [ɛ] ont des articulations similaires, mais l’une est nasale alors que l’autre est orale.

Le trapèze vocalique constitue un moyen plus visuel de se figurer les différences d’articulation :

ACTIVITÉ 37.1
Identifiez les trois séries de voyelles, puis prononcez ces voyelles selon l’ordre d’aperture indiqué sur le schéma ci-dessus (ordre vertical). Observez la position de votre bouche au moment de leur articulation.

ACTIVITÉ 37.2
Écoutez les sons suivants et placez-les sur le trapèze vocalique :

ACTIVITÉ 37.3
Citez, pour chaque critère, une voyelle

  • arrondie
  • très fermée
  • nasale
  • postérieure
  • très ouverte

C’est bon à savoir : « A noir, E blanc »

Possédez-vous le don de synesthésie ? Si la réponse est affirmative, alors vous avez la capacité d’associer de manière involontaire des sensations appartenant à des registres différents, par exemple un mot à un goût, un nombre, une lettre ou une note musicale à une couleur. Certains neurologues font l’hypothèse que le phénomène est dû à des connexions inhabituelles entre différentes régions du cerveau.

Les poètes français Charles Baudelaire et Arthur Rimbaud ont rendu compte de ce phénomène. Rimbaud est l’auteur de Voyelles, un sonnet écrit en 1872. Notons que pour lui, la forme graphique des voyelles est tout aussi importante que sa prononciation ; le tout forme une méditation symbolique mêlant les analogies évidentes et opaques :

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

Golfes d'ombre ; E, candeur des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides
Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux ;

O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silence traversés des Mondes et des Anges :

- O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux !

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