Filature #024

Lincoln Lawyer

Michael Haller est contacté par Andre La Cosse : ce développeur de site internet pour prostituées (ce qui fait de lui, malgré ses dénégations, une sorte de digital pimp, de souteneur numérique) est accusé d’avoir tué une de ses clientes, Gloria Days, au cours d’une dispute. Convaincu de l’innocence de La Cosse, Haller accepte de le représenter comme avocat. Pour innocenter son client, il tente de reconstituer les dernières heures de la victime.

Les images vidéo du hall de l’hôtel Berverley Wilshire à Los Angeles montrent la jeune femme, le soir de son assassinat, en train d’être suivie après ce qui semble être un rendez-vous manqué avec un client. Se sachant sans doute filmé, le suiveur porte une casquette de base-ball à longue visière et, comme autrefois avec un journal, feint de consulter son smartphone en maintenant constamment son visage penché sur l’écran. Mais ses intentions sont claires : lorsque Gloria Days fait brusquement demi-tour dans le hall, sa propre trajectoire s’en trouve modifiée : « That catches him off guard and he has to correct. Then he follows her when she leaves » expliquera Haller en commentant ces images au moment du procès (335).

Une grande partie de ses efforts consiste pour le moment à retrouver, sur le chemin qui la ramène chez elle en voiture, la trace d’autres enregistrements vidéo de la victime en train d’être suivie. Cette sorte de filature de filature en différé porte ses fruits après plusieurs semaines de recherche : la caméra d’un concessionnaire Ferrari a filmé le passage de la voiture de Gloria Days, puis, quelque seconde plus tard, celui de son probable assassin en Mustang.

À cent-cinquante ans de distance, cette course contre la montre et l’effacement des traces est en bien des points similaire à celle du détective Lecoq qui, une nuit d’hiver, reconstitue l’itinéraire de plusieurs individus en suivant la trace de leurs pas sur la neige en train de fondre. L’urgence due au réchauffement de l’air est ici remplacée par la période réduite (en général un mois) pendant laquelle la plupart des enregistrements vidéo sont gardés en mémoire par leurs propriétaires. Haller et son équipe ont eu la chance de tomber sur un commerçant ayant opté de conserver ses images pendant un an sur le cloud.

Alors que l’enquête progresse, Haller prend conscience de la présence, sous sa limousine (qui lui sert de moyen de transport et de bureau) d’une balise GPS : « The Lincoln’s been jacked » 156). Autrement dit, on cherche à connaître ses déplacements dans l’agglomération de Los Angeles. Trois possibilités s’offrent alors à lui : se débarrasser de la balise pour la neutraliser, placer son véhicule dans un camion de livraison afin d’induire ses suiveurs en erreur (« keep them running around »), ou faire comme si de rien n’était pour essayer d’en apprendre davantage sur le ou les individus qui le filent électroniquement. Haller choisit la troisième possibilité (« It might come in handy »), tout en essayant de déterminer si cette balise constitue un back up ou s’il fait l’objet d’une filature réelle, a live tail. Pour s’en assurer, il recrute une équipe d'”Indiens” chargée de le suivre discrètement (« up on the cliffs a couple days, just to see »). S’il est physiquement suivi, il pourra alors retourner les termes de la filature à son profit. Cette décision constitue une grave erreur, qui coûtera la vie d’un de ses associés, ajoutant à un membre de plus au jury imaginaire chargé de juger moralement ses actes.

Michael Connelly. The Gods of Guilt. New Yorl : Little, Brown and Company, 2013.