Filature #021

The Third Man

Lorsque Holly Martins débarque à Vienne, c’est dans l’espoir d’y retrouver Harry Lime, un ancien camarade d’études, qui l’a invité à venir s’installer pour quelle temps dans cette ville tout juste sortie de la guerre et divisée en quatre zones d’occupation. Or Martins découvre que Lime est mort quelques jours plus tôt, renversé par une voiture devant deux de ses amis. L’auteur de westerns à six sous, désargenté, se transforme bientôt en détective, convaincu qu’il est de son devoir de découvrir la vérité sur la mort de son ami et de lever l’équivoque sur des rumeurs faisant de lui l’organisateur d’un trafic ignoble. Bientôt, il se convainc que son ami n’est pas mort accidentellement mais qu’il a été tué.

Cette enquête n’est pas racontée par son instigateur, Martins, mais par Calloway, un officier de la police militaire, responsable de la zone britannique de la capitale autrichienne. Son récit repose sur ses propres conversations avec Martins, qu’il rencontre à plusieurs reprises, sur ce qu’il sait de Lime et de son entourage, et sur des filatures dont Martins fait l’objet. En effet, celui-ci est sous surveillance policière constante. Une grande partie de ses mouvements dans une Vienne spectrale et interlope, aux frontières absurdes, est reconstituée par Calloway à partir des rapports que lui ont remis ses subordonnés. Cette connaissance fait de lui un narrateur semi-omniscient, dont le pouvoir d’observation et de restitution repose sur le principe, fragile dans le cas d’une filature, d’invisibilité.

Le concierge de l’immeuble devant lequel a lieu l’accident révèle à Martins la présence d’un troisième homme, dont il n’a pu apercevoir le visage. Bientôt ce concierge est assassiné. Martins lui même sent qu’il n’est plus le bienvenu à Vienne et que sa vie est peut-être en danger. Il est non seulement suivi par la police, mais aussi par ceux qui estiment que son opiniâtreté à découvrir la vérité sur la mort de Lime les met en danger.

Au désir de la part de Calloway de parvenir à la vérité en faisant suivre Martins, mais obligé de mentir sur ses méthodes, s’opposent les agissements de criminels soucieux de se protéger, et qui pour atteindre leur but n’hésitent pas à faire usage des armes. Quant à Martins, réellement en danger de mort mais le plus souvent ivre et de plus en plus amoureux d’Anna, l’ancienne amie de Lime, il trébuche plus qu’il n’avance dans cette enquête dont il n’est pas sûr de vouloir connaître la conclusion.

Les rues de Vienne sont décrites comme inquiétantes et ambiguës, non seulement pour les protagonistes du récit mais aussi pour celui en charge de l’organiser par le biais de la filature : « There was nothing to fear, but all the same, in this huge empty street where all the time your heard your own feet moving, it was difficult not to look behind » (131). Mais plus dangereux encore sont ses souterrains de la ville, dont les limites ne suivent pas celles de rigueur à la surface. Le troisième homme, dont on apprendra qu’il s’agit de Lime lui-même,  incarne cette capacité à faire fi des limites futiles de la géographie, et celles, beaucoup plus tangibles, au final, de la morale.

The Third Man de Graham Greene. New York, Penguin, (1950), 1979.