Évasion #009

« – À une époque, je me suis efforcé de concevoir un labyrinthe circulaire, géométriquement admissible mais n’offrant aucune possibilité d’évasion. Inlassablement j’élaborais des plans, et quels plans ! Le cercle symbolise la perfection, l’éternité et quelqu’un a prétendu que le temps était cyclique. J’imaginais le prisonnier ramené à son point de départ moins par une erreur de parcours que par une illusion de la durée. La clé du décale absolu appartenait au temps et non à l’espace ; mon bonhomme oubliait le chemin parcouru à l’instant même où il recommençait son trajet ainsi de suite. Je le condamnais au mouvement perpétuel. Démentiel, non ? Comment dessiner le temps sur une feuille de papier ? Heureusement j’ai vite envoyé promener ces inepties ».

  • André Hardellet, Le parc des archers, Œuvres complètes II, Paris : Gallimard, L’arbalète, pp. 42-3.