Filatures

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Une filature (shadowing, tailing en anglais) répond de manière générale aux critères suivants :

1. Tension. Il s’agit de suivre, sans la perdre de vue, une personne qui, elle, ne doit pas avoir conscience d’être observée. Il résulte de cette situation une tension asymétrique qui risque d’être rompue, soit par la perte de contact visuel de la personne suivie, qui disparaît, soit par le repérage, par celle-ci, de son suiveur, qui perd alors son caractère d’invisibilité. À l’élément visuel peut se substituer d’autres moyens d’observation. La traque, contrairement à la filature, repose sur la conscience partagée d’un acte de poursuite.

2. Mouvement. La filature doit incorporer une dimension spatiale, qui force les protagonistes au déplacement. L’itinéraire suivi participe de l’opacité du mystère porté par la personne suivie—il peut même s’y substituer—en même temps qu’il fournit une partie de ses réponses. La plupart du temps urbaine, la filature peut se réaliser à pied ou par les moyens d’autres modes de transport. Un tel type de récit offre de nombreuses variantes (espace virtuel, suiveur immobile disposant des moyens technique d’observation, etc.) Même si elle peut faire partie du dispositif, la surveillance statique se distingue de la filature.

3. Désir. Le secret dont la personne suivie est porteuse motive un désir de découverte, qui peut se révéler après le début de l’action. Le récit de la filature offre au lecteur, par la description des lieux traversés, et leur mise en relation, de participer au dévoilement et à la réalisation du désir de savoir. Cette volonté peut être pondérée par les circonstances, jusqu’à transformer la filature en rêverie sans but précis, ou au contraire se transformer en une obsession qui se réaliser à l’exclusion de toute autre action.

4. Réflexivité. À la fois effraction et élément constitutif d’une quête, désir de savoir et hantise de se révéler, la filature peut acquérir une dimension réflexive sur le roman lui-même et sur les questions qu’il soulève. Se demander qui est-ce que je suis, n’est-ce pas, dans un même mouvement, se demander qui je suis, et dans ce cas, me suivre moi-même ? Cette double—voire tripe—question semble inscrite, jusqu’à la caricature, dans nombre de récits.

Nous débutons ainsi une série de billets ayant pour but de recenser des scènes de filature rencontrées (ironiquement) au hasard des lectures, dans des œuvres de fiction (récits ou films).